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Empilées comme des savonnettes de campagne,  mes vieilles opinions avaient été rendues à leur état sauvage par le douceâtre cavalier de leur orgueil.
Récemment épuisé par un bassin psychiatrique, je désespérais d’atteindre enfin l’apoptose éclectique des déambulateurs rouillés sur les autoroutes ukrainiennes.

Dans la vigueur sirupeuse de liquides muqueux au parfum de miel, je luisais, agile, aux confins d’une danseuse nue à la cuisse parfaite. Des chevaux sauvages dressés par un vieux rat galopaient de conserve, alignés comme des sardines sans la boîte ni l’huile, se dérobant à toute déconvenue par une allure de fuite en tout point parfaite. Esthétiquement c’était la dérobade, surtout depuis que les mitrons avaient jeté par-dessus-bord les dernières jouvencelles malgaches importées dans la nuit. J’étais triste comme un sou neuf et froid comme un bunker, il me semblait que le fait même d’habiter mon corps me vidait de ma substance. Tout était dérisoire, à commencer par mon souffle, qui jaillissait par intermittence d’un opercule que j’aurais aisément qualifié de bouche si c’en avait été une.

De la nausée, il y en avait, mais jamais une plus jaune que l’autre, dès que le soleil s’était couché : toutes paraissaient d’un niveau égal dont l’intensité n’avait pour perspective de variation que celle induite par la température extérieure. Les mulots crevaient et je m’en foutais autant que de ma dernière bavette, pourvu qu’elle veuille bien m’entraver les abysses encore, et me lier les tortues jusque dans le dernier dessert des tatares.  L’Ukraine avait du bon, dans les vapeurs de printemps, pour celui qu’on épate encore avec de la chair tendre.
Des mégères siphonnées déambulaient du gland sur la rocade mielleuse qui me servait d’hospice ; du fond de leur nuage d’ennui elles me trouvaient rétrograde, et moi je les tapissais d’ordures tandis qu’elles s’engouffraient, béantes, dans le lit de garçons plus tellement pré-pubères.  Les castagnettes grinçaient, les poivrots hululaient ; c’était la voie splendide des salauds dégoûtants. J’aurais voulu, berbère, la trouver en tisane.
Marie me manquait trop pour que je puisse la taire, et ses mirettes boursoufflées jaillissaient des limbes gris dans lesquels je me perdais, parfois, lorsqu’en stock l’obus crétois commençait à manquer. Sortant de ma réserve, j’emmitouflais Suzanne et gaufrais les rockeurs, jusqu’à plus soif, alors qu’ils fleuraient bon le benzène et l’huile cuite, dans les bazars du Nord où l’on cultive l’andouille et les piscines à bière.

Rompu aux airelles de longue datte, je glissais sur les braises avec l’aisance macabre d’un fumeur de points mâtiné d’aigrettes. La vague était plus haute que je l’avais prévue, mais la symétrie superbe dont je m’étais fait l’égide me permettait d’arborer de belles équivalences. C’était le port du sein obligatoire, l’abstraction totale à livrer en levrette. Clavicule pétée, horizon bien bas, j’avais au ciel funeste prévalu du hasard pour arriver enfin sur l’alcaline toison de ma jeune vierge peu farouche, rousse et tendre car c’était de saison. Blindé de sucrettes, en Hannibal des banlieues derrière son char d’éléphants-taux, je poursuivais ma progression dans les plis grotesques de fantasmes cérébraux et de poignées de consoude tannée.

Misère ! m’écriai-je. Que diable ai-je donc pu faire qui m’a rôti ainsi ? Quelle féconde autocrate a donc bien pu m’appareiller de la sorte ? Quel jambon scélérat pouvait pourrir d’ennui au point vénéneux d’invectiver les morues ? Las, désespérant autant qu’un fluet chef de rayon, je me décollais les pupilles pour les exposer sans relâche –sauf le lundi- à la vue perfide de spectateurs muets qui n’en pensaient pas moins. Mon bulletin frôlait l’urne, ma cuillère son dessert, c’est dire si, chancelant, j’avais le cœur amer. Rien avoir, direz-vous, avec l’oie qu’on bouture, ou les rosiers grimpants qu’on gave jusqu’à l’usure. Mais croyez bien qu’une telle garniture sur une salade en miettes ne vaudra jamais plus qu’une ablette désossée pour la bringue, dont les filets levés servent d’ornements sales aux pâles calvities d’ersatz de dandies.

Du jambon plein les yeux, bravant les ecchymoses, je me sentais plus fort à mesure que je comprenais enfin comment je respirais : des ouvrants gigantesques qui me servaient d’évents s’échappaient, non sans gloire, de grandes coulées de boue suivies de poches de gaz qu’on aurait sacrifiées si elles n’avaient pas été touffues. Epilé au-delà du derme, appuyé sur des jambes dont je ne me souvenais plus vraiment s’il s’agissait des miennes,  je prenais –au carré- les tonsures rigolotes et les parapluies à l’or fin dont les poulies, exquises en salaisons, miroitaient brillamment sur le sofa bleuâtre de la cour d’honneur. Glanée après glanée, les épines noires sombraient enfin dans le saladier platiné que je leur avais confectionné dans le luxe le plus discret que la russe pouvait me permettre. La turgescence blanchie par une nyctophilie loin d’être débutante, elle m’emmerdait au rasoir les soirs de préjudice, quand la lune ronde cédait le pas à la mise au carré, quand les pincées d’orgueil rejoignaient en rotant les mâles de corneilles qui revenaient du bagne.

Un peu fatigué par le poids mesuré d’une autophagie modérée, il ne me restait plus qu’à conclure, là où le grès est mat. Prenant à quatre mains le piano réserviste, duquel j’avais jadis jeté la gorge d’un mouflon bègue, je pris le volant jusqu’au prochain arrêt, sur la falaise brumeuse où le coquelicot las n’envisage plus les roses. C’était le bal furieux des donzelles aux merguez, l’autel fumant des gros nez carrossables et de parcelles perdues. Je caressais la chatte qui ronronnait de surcroît, en remuant l’œsophage au rythme des bambous.

C’était l’hiver et nous étions en mai ; dans ma caverne rêvée vivait pourtant un autre, qui mangeait pour moi les derniers soliflores.